XVIIIème siècle

VOLTAIRE AU CHÂTEAU DE CIREY CHEZ LA MARQUISE DU CHÂTELET

Voltaire 1694-1778
" Les lettres philosophiques" 1734
Marquise du Châtelet 1706-1749

En 1734, Voltaire est menacé d’emprisonnement à la suite de la publication des "Lettres Philosophiques", vive critique des institutions françaises.

Son amie, la Marquise du Châtelet, lui donne alors asile en son château de Cirey.

 

Née en 1706, de douze ans sa cadette, Emilie de Breteuil, épouse du Marquis Florent Claude du Châtelet, est dotée d’une intelligence remarquable.

Elle a reçu un enseignement de grande qualité, chose très rare pour une jeune fille du XVIIIsiècle.

Elle possède des connaissances solides en physique, en astronomie, en astrophysique et s’initie aux mathématiques.

Cirey refuge amoureux et intellectuel

Château de Cirey

 

Voltaire et la Marquise du Châtelet vivent à Cirey une véritable passion amoureuse.

Evoquant Émilie, Voltaire écrit à l'un de ses amis:

"Tout en elle est noblesse, son attitude, ses goûts, le style de ses lettres, sa manière de parler, sa politesse... Sa conversation est agréable et intéressante."

 

S'il est sensible aux charmes d’Emilie, le philosophe succombe très vite à ceux de la demeure. Il entreprend d’importants travaux de restauration, agrandit le château pour installer ses propres appartements et fait sculpter une imposante porte dédiée aux arts et aux sciences. Il s'intétesse également à l'aménagement de jardins.

 

Ce séjour est pour Voltaire une période de production littéraire intense. C'est à Cirey qu'il écrit, "Le Mondain", l'essai "Discours en vers sur l'homme", les comédies  "Le Comte de Boursoufle", "l'Enfant prodigue", et les tragédies "Alzire", "Mahomet" et "Mérope". Pour satisfaire sa passion, le philosophe installe dans le château un petit théâtre encore visible aujourd’hui. 

Illustration de "l'Enfant Prodigue"
Illustration de "Merope"
Isaac Newton (1642-1727)

 

C’est à Cirey que sont traduits et commentés par Madame du Châtelet les célèbres

"Philosophiae naturalis principia mathematica" ou "Principes mathématiques de philosophie naturelle" d'Isaac Newton, l’œuvre scientifique la plus forte de l’époque, celle de la gravitation si justement dite « universelle ».

A l’époque une traduction en français est très utile  car c'est la langue de communication des élites et des scientifiques en Europe. De plus, le latin manque de mots pour expliciter les nouvelles « vérités mathématiques et physiques » : comme l’écrit Voltaire dans la Préface historique de l’ouvrage.

Cette oeuvre monumentale a occupé Émilie du Châtelet pendant les cinq dernières années de sa vie, jusqu’à sa mort prématurée.

La publication posthume date de1756.

 

 

 

 

Voltaire et Emilie reçoivent à Cirey de nombreuses personnalités partageant leur passion pour les sciences, Pierre Louis Moreau de Maupertuis, Claude Clairaut, le Comte Algarotti, le Père François Jacquier... Voltaire installe à Cirey un cabinet scientifique et commande les instruments auprès de l'Abbé Nollet, le grand spécialiste de l'époque.

Pierre Louis Moreau de Maupertuis

(1698-1759)

Philosophe, mathématicien, 

physicien, astronome et

naturaliste français.

Il contribua notamment à la diffusion des théories de Newton hors d'Angleterre.

Alexis Claude Clairaut

(1713-1765)

Mathématicien français

Le Comte Francesco Algarotti

( 1712 - 1764)

Ecrivain vénitien d'expression italienne, polymathe, philosophe, poète, essayiste, et critique d'art.

Jean Antoine Nollet

(1700-1770)

Physicien, professeur d'université, prêtre catholique

 

La fin tragique d'Emilie du Châtelet

Marquis de Saint Lambert

Si la passion amoureuse qui les lie laisse place peu à peu à l’amitié, Voltaire et Emilie ne se quittent jamais.

La fin de la vie de la Marquise du Châtelet est tragique. Elle tombe enceinte de son dernier amant, le poète Saint Lambert, et meurt à 43 ans des suites de l'accouchement.

Si elle réussit à terminer sa traduction du traité de Newton et à l’envoyer in extremis à la bibliothèque du roi, elle meurt  quelques jours après avoir fait parvenir son manuscrit, c’est Voltaire qui se chargera de finaliser la publication de cette traduction.

La petite Adélaïde, qui naît des amours d'Emilie et de Saint Lambert bien que reconnue par Monsieur du Châtelet et finalement délaissée, meurt dans les bras de sa nourrice en 1751.

 

Voltaire, très affecté par cette disparition, quitte Cirey, « son paradis terrestre ».

 

Après le décès d’Emilie du Châtelet en 1749, son époux assure avec soin l’entretien du château. Lorsqu’il décède à son tour en 1765, c’est son fils, Louis-Marie-Florent, Duc du Châtelet, qui devient maître de Cirey.

Le Duc du Châtelet qui a épousé en 1752 Diane Adélaïde de Rochechouart n’a pas d’enfant, mais son épouse et lui-même  entretiennent une relation quasi-filiale avec leur nièce Diane Adélaïde de Damas, fille de la sœur de la Duchesse, qu’ils désignent comme héritière de Cirey.

 

Détail de la porte d'honneur

Gravés sur la porte d'honneur du château on trouve ces vers dédiés à Cirey:

 

 

« Asile des beaux arts,

solitude où mon cœur est toujours demeuré

dans une paix profonde,

c’est vous qui donnez le bonheur

que promettait en vain le monde »

 

Voltaire

Madame de Graffigny, précieux témoin de la vie à Cirey au temps de Voltaire 

Madame de Graffigny

 

Françoise d’Issembourg du Buisson d’Happoncourt, épouse de Graffigny, est née en 1695 à Nancy et est morte en 1758 à Paris.

Auteur du célèbre roman, "Lettres d'une Péruvienne", paru en 1747, Françoise de Graffigny est reconnue comme une des femmes les plus importante de la littérature du XVIIIesiècle.

 

Amie de Voltaire, elle fit de longs séjours à Cirey  en 1738 et 1739.

Au travers d'une abondante conversation elle décrit avec précision, les personnes, la décoration du château, l'activité théâtrale, les instruments scientifiques et la vie quotidienne à Cirey.

 

 

 

 

 

Grâce à ce témoignage exceptionnel, plein d'anecdotes, nous pouvons proposer une visite au plus près de la réalité historique.

 

Les différents visages de la Marquise du Châtelet

 XIXème siècle 

DIANE-ADELAÏDE DE DAMAS, COMTESSE DE SIMIANE, L'AUTRE GRANDE DAME DE CIREY

 

Diane Adélaïde de Damas, qui nait en 1761 épouse en 1777 le Comte Charles François de Simiane.  Mais son mariage est de courte durée, son époux se donnant la  mort en 1787.

La révolution précipite les événements. Le Duc et la Duchesse du Châtelet sont guillotinés en 1794 et la propriété, déclarée comme bien national, est vendue en lots.

La Comtesse de Simiane est également emprisonnée, mais échappe à la guillotine.

 

De retour au château de Cirey, auquel elle est très attachée, Adélaïde se bat et obtient de l’administration les droits sur les biens non aliénés. Concernant ce qui a déjà été vendu, elle est dans l’obligation de traiter avec les différents acheteurs.

 

A force de persévérance, elle finira petit à petit par reconstituer l’ensemble de la propriété au bout de cinquante quatre adjudications.

 

Diane-Adélaïde de Damas , Comtesse de Simiane 1761-1835
Charles X 1757-1836

 

Cirey connaît alors un nouvel élan. Après avoir reconstitué l’ensemble de la propriété, décoré et meublé le château qu’elle avait retrouvé dépouillé, elle s’intéresse aux jardins, qu’elle entretient et qu’elle développe,  créant ainsi un jardin pittoresque le long du canal.

De grands personnages comme Charles X ou encore le Marquis de La Fayette dont elle sera la maîtresse, séjourneront à Cirey.

Connue pour sa grande beauté, mais aussi sa bonté, Diane-Adélaïde de Damas Comtesse de Simiane, s’éteint à Cirey en 1835.

 

Marquis de La Fayette 1757-1834